Comment se fabrique une canne à mouche en bambou refendu ?


Fabrication d’une canne en bambou refendu
(Méthode artisanale classique hexagonale – 6 brins)
1. Choix du bambou
Espèce utilisée : Tonkin (Arundinaria amabilis), cultivé dans la région de Guangdong (Chine).
Critères de sélection : densité élevée nœuds réguliers parois épaisses absence de taches ou fissures
Objectif : obtenir un matériau rigide, élastique, très résistant à la flexion.
2. Fendage du tronc de bambou
Il faut d'abord fendre en deux le tronc dans le sens longitudinal, puis ensuite en plusieurs baguettes au moyen de coins ou d’un ciseau à refendre ( d'où le nom), ou autres ciseaux à bois.
On obtient généralement 12 à 18 éclisses ou éclats ou brins par section.
Chaque éclisse est ensuite sélectionnée pour conserver les fibres externes (power fibres) les plus denses.
3. Dressage et arasement des éclisses
On retire l’intérieur spongieux (le « pith ») avec un rabot ou un scraper. En fait on retire la partie cotonneuse et les nœuds au niveau des baguettes.
On redresse chaque éclisse à chaud (pistolet thermique ou four) afin d’obtenir un brin parfaitement droit.
4. Mise en forme en triangle
Chaque éclisse doit devenir un triangle parfait avant collage et pour ce faire il faut utiliser au d´part un gabarit de "pré-taille", constitué de quatre empreintes successives( la première permettant d'obtenir une face de référence de 90º),ensuite il reste trois tailles successives, avec un rabot à main jusqu¡à obtenir une baguette linéaire triangulaire, avec des angles de 60º. Cette opération se répète sur l'ensemble des brins qui formeront la future canne. La taille définitive de fait à l'aide d'un gabarit réglable en métal (planning form). Ce gabarit doit pouvoir être réglé au centièmes de millimètre.
On rabote chaque éclisse jusqu’aux cotes exactes du plan de construction (taper Garrison, Payne, Ritz…).jusqu'à obtenir 6 triangles qui s’assemblent en un hexagone parfait. Ces cotes détermineront l'action de la canne.
5. Traitement thermique
Passage au four entre 170–200 °C pendant 10 à 20 minutes.Ce qui stabilise le bambou , réduit l’humidité, augmente la résonance et la rigidité et donne donne la couleur caramel caractéristique. Certains monteurs"flamment" avec un pistolet thermique les brins pour obtenir un aspect encore plus artistique.
6. Assemblage à blanc (dry fit)
Les 6 triangles sont assemblés avec un ruban adhésif pour vérifier la régularité de l’hexagone les joints la rectitude, et faire les corrections nécessaires
7. Collage.
Colle traditionnelle : Titebond III, époxy, ou anciennement colle résistante à l’eau (Resorcinol).
Il faut enduire chaque face de colle assembler les 6 triangles, effectuer un serrage avec ficelle de ligature ou ruban sous tension puis mettre en presse dans un redresseur en acier. En fonction de la colle utilisée il faut compter 12 à 24 heures de séchage
8. Ponçage et rectification
Après séchage il faut enlever soigneusement la ficelle racler et poncer l’excès de colle rectifier au moyen d’une planche de redressage et d’un pistolet thermique. le blank doit être parfaitement droit.
9. Pose des virolesLes jonctions entre brins sont assurées par des viroles métalliques, laiton ou aluminium ou maillechort voire en titane.ou par des assemblages en biseau fibres sur fibres plus rares et demandant une fixation externe avant chaque utilisation*.La fixation des viroles se fait avec une résine époxy, et l'ajustage doit être très précis pour éviter le jeu.
10. Ponçage et vernissage du blank
Ce moment du ponçage est très délicat car il faut éviter d'enlever trop de fibres externes car ce sont ces fibres qui apportent la souplesse et la rigidité de la canne.( nerf de la canne) Il est conseillé d'utiliser du papier de verre très fin (400 à 1200) ou un grattoir.
Pour l'application du vernis il existe trois techniques :au trempage (« dipping ») ,au tampon ,au pistolet (plus moderne).Afin de bien protéger la canne il est conseillé de vernir avec au moins trois couches. Certaines cannes modernes sont imprégnés à cœur avec un imperméabilisant.
11. Montage du liège et porte-moulinet
La poignée sera fabriquée avec des rondelles de liège collées puis tournées à la main selon la forme souhaitée.
Le porte-moulinet pourra être soit très simple avec une bague et un capot soit plus sophistiqué à vis (style Pezon & Michel / Ritz).Mais on trouve souvent sur ces cannes des porte moulinets en bois exotiques ou personnalisé avec d'autres matières (carbone , inox)
12. Ligatures et anneaux
Les anneaux seront serpentiformes ou en agate pour la pointe. En fait comme pour les ligatures chaque artisan pourra personnaliser la canne selon son goût ou celui de son client.
Une canne en bambou refendu reste un objet artisanal hautement technique, combinant rigidité, souplesse, mémoire de forme et esthétique unique. Et c'est pour cela que le prix de vente ne peut pas être bon marché. Il faut entre 80 et 100 heures de travail pour réaliser une canne..
* Ce procédé est encore utilisé pour la fabrication de cannes à deux mains, destinées à la pêche du saumon ou de la truite de mer. En effet les techniques de lancer (spey cast , double spey cast ou switch) mettent en jeu des forces de torsion sur les cannes qui rapidement "usent" les viroles et du coup entraînent un jeu important entre les brins.












