La pêche de la truite :Leurres ou mouches

Après une quinzaine de jours passés à regarder pêcher les autres,en raison d'un petit problème personnel,m’interdisant d’aller pêcher, je suis obligé de me poser la question existentielle :
Vaut il mieux pêcher au lancer ou à la mouche?
Pour une fois je vais inclure la pêche à la nymphe au fil dans la catégorie "pêche à la mouche".
En début de saison il est logique d'imaginer que les conditions climatiques normales du piémont pyrénéen ne favorisent pas beaucoup la pratique de la pêche à la mouche sèche. Bien sûr à certains moments nous pourrons voir quelques mouches et même quelques gobages, mais il faut être réaliste, c’est plutôt rare, et d’ailleurs je trouve que cela donne encore plus de piment aux prises que nous pouvons faire pendant cette période. Mais finalement ce masochisme assumé qui nous amène à nous congeler en attendant les gobages, n’est rien comparé à une autre forme de masochisme la pêche au lancer léger avec des cuillères ou des leurres équipés d’un hameçon simple sans ardillon. J’ai pu pendant cette quinzaine observer de près le comportement et les résultats comparés des pêcheurs présents au gîte.D’un côté les moucheurs (en fait je devrais dire les nympheurs,car seuls deux d’entre eux ont pêché exclusivement en sèche), et d’un autre côté les lanceurs.
En Aragon et en particulier sur le Haut Aragon il est possible de pêcher avec ces deux techniques. En précisant bien que les lanceurs doivent utiliser uniquement UN hameçon simple sans ardillon quelque soit la taille du leurre ou de la cuillère.
Les moucheurs sont beaucoup plus statiques et contemplatifs que les lanceurs. En fin de journée la différence est flagrante, le moucheur est gelé, le lanceur est en nage, l’un a fait le héron, l’autre a fait un marathon !
D’ailleurs les lanceurs mesurent tous leurs nombre de pas ou de kilomètres parcourus ! Pendant toute ma vie de pêcheur à la mouche je n’ai jamais compté ni mes pas et encore moins mes kilomètres.
Les moucheurs nympheurs se déplacent un peu plus que les fanatiques de la sèche, mais cela reste raisonnable.
Et au niveau de l’indice de satisfaction ….alors là c’est encore plus intéressant !
Le pêcheur en sèche est normalement bredouille donc il va rentrer au gîte en vous parlant de la température de l’eau, de la luminosité, et des oiseaux surtout des oiseaux. Si par miracle il a vu un gobage il se transforme en Marcel Proust pour vous décrire pendant une heure ce qu’il a cru voir, et si par un deuxième miracle, il a pris un poisson vous pouvez vous attendre à voir se transformer le plus réservé des pêcheurs en une version moderne et masculine de Schérazade dans les Contes des Mille et Unes Nuits.
Le nympheur est généralement un peu moins souvent bredouille. Les truites se nourrissant quand même un peu en début de saison elles sont plus disposées à saisir une nymphe imitative ou incitative qu’une belle mouche sèche. Et même disons le tout net c’est assez fréquent de voir revenir ces pêcheurs là avec un sourire qui en dit long sur leur niveau de satisfaction. Hélas, il est assez fréquent que ces pêcheurs soient déçus car bien souvent ils pêchent trop fin, les eaux sont froides et hautes, et les plus belles truites cassent assez souvent. Mais globalement ce sont ces pêcheurs qui peuvent nous montrer sur leur téléphone leurs plus belles prises.
Et puis il y a nos amis les lanceurs… Il y aurait beaucoup à dire, mais si on peut se demander pourquoi ils ont choisi ce mode de pêche, dans des pays où la législation est plus cohérente*, c’est à dire où il est possible d’utiliser des hameçons triples avec ardillons, il est encore plus intéressant de se demander pourquoi ils viennent pêcher en Aragon, où ,partout il n’est admis qu’un hameçon simple sans ardillon...quelque soit la taille du leurre…
Vous me direz que pour la pêche à la mouche ou à la nymphe c’est pareil, nous n’avons pas droit aux ardillons. Mais il est facile de comprendre que les ardillons sur un hameçon de taille 18 n’ont pas la même puissance de rétention que sur un hameçon de taille 4, fait pour pêcher la carpe.
L’indice de satisfaction lors du retour au gîte est évidemment le reflet des résultats de la journée. Il ne se mesure pas aux nombre de poissons pris et mis à l’épuisette , mais bien au nombre de touches et de décroches !
Je pense sincèrement que ces pêcheurs vraiment, méritent notre admiration. Ils marchent marchent et marchent le long de la rivière en lançant sans arrêt, et s’il est vrai qu’ils ont beaucoup plus de touches que les moucheurs et même que les nympheurs, ils décrochent quasiment 90 % de leurs poissons. Et en plus dans des rivières transparentes comme le Rio Aragon ou Ara ils ont aussi beaucoup de « suivis » sans prise. Nous sommes là devant un comportement qui est bien au-delà du simple masochisme. Imaginez qu’un fumeur de Havane soit condamné à rester devant la vitrine de chez Davidoff, sans même pouvoir toucher le merveilleux puro de ses rêves. Ou que notre président...Non il vaut mieux que j’arrête les comparaisons….
Et alors le récit devient épique car évidemment tous les poissons ratés étaient tous des « steaks ». Ou des 50 plus !... Autrefois il y a un demi siècle comme tous les jeunes gens je rêvais de prendre une grosse truite. Mon Graal était la truite de un kilo prise en sèche. Les centimètres ne comptaient pas, car les belles prises étaient toujours sacrifiées et donc avant la poêle passaient sur la bascule ! Et bien sûr toutes les truites ratées ne faisaient jamais moins de deux livres. Le snobisme de l’époque nous obligeait à parler comme des anglais.
Toutefois comme toujours à la pêche il y a des jours « avec » où sans savoir pourquoi ni comment les truites se décrochent un peu moins, et là , évidemment les leurristes lanceurs frénétiques reviennent le soir fourbus et triomphants, car c’est vrai ils ont pu prendre les plus belles truites de la rivière.
Et c’est un vrai bonheur pour moi de pouvoir partager avec tous ces passionnés ces moments là.
* Quand je dis plus cohérente ,il est évident que si vous cherchez la rentabilité la pêche au lancer est plus productive.Et il est évident aussi pour moi,que, en pêchant avec un poisson nageur ou une ondulante et deux triples avec ardillons vous avez plus de chances de ramener le poisson.
Vous avez aussi beaucoup plus de chances de mettre fin à ses jours, ou le défigurer en le décrochant !










