
La dernière truite 1ère version
Je suis un homme mur, mur mais pas vieux, pas encore, mais en cette fin d’octobre, j’ai vécu un
moment curieux pour la première fois de ma vie, et c’est ce moment que j’ai envie de raconter.
Je vis en Aragon exactement entre deux rivières, aussi fascinantes et merveilleuses l’une que l’autre.
Le Rio Ara n’est pas en eau, il n’a pas plu depuis deux mois et les truites ont un peu de mal à respirer
alors je pêche tous les jours le rio Gallego, dans un parcours idéal, car il y a de l’eau à un niveau
constant et là les truites se régalent de millions d’insectes et de petits éphémères qui éclosent
chaque jour et moi j’essaye de prendre les grosses mémères du parcours d’Olivan.
J’y suis de midi à la nuit ! Mais juste avant la fermeture il me reste à peine deux jours pour prendre
la grosse celle qui mettra un point final à cette saison. Le courant en amont du pont est toujours
aussi facile, mais les truites sont de taille moyenne, alors je décide pour ces deux derniers jours de
me concentrer de ne pêcher que l’aval, là où je sais qu’il y a de gros poissons, mais les conditions
sont plus difficiles. Je ne pêche que pour le plaisir de prendre en mouche sèche, la nymphe ne
m’intéresse pas je suis un puriste débile moi, l’essence de la pêche à la mouche c’est la pêche en
sèche et rien d’autre, (!) J’ai fabriqué de toutes petites mouches blanches, bien visibles et je suis sûr
de ces mouches, mais les courants d’aval sont très difficiles la bonne mouche ne suffit pas !
Alors je pêche avec ferveur et douleur, mon épaule est bien abimée depuis que sur un ferrage un
peu trop appuyé j’ai cassé ma canne fétiche et en même temps j’ai dû me déchirer je ne sais plus
quel ligament….
Mais je pêche tous les gobages quand il y en a et ce soir le dernier avant la fermeture il y en a !
Mais je sais très bien que les grosses truites font les plus petits gobages alors j’essaye presque contre
la berge d’en face une dérive parfaite et là c’est la touche et je comprends tout de suite que ce n’est
pas une petite, mais les eaux lâchées par le barrage aujourd’hui, sont un peu troubles et enfin au
bout de 10 minutes je vois apparaitre ma Belle Gordita, ma truite du dernier jour, elle vient
finalement sans trop de stress ni de panique et je peux faire une photo, et c’est là que d’un seul
coup ma joie simple complète sereine est gâchée, abimée par une pensée morbide !
Et si c’était la dernière truite de ma vie, si sans le savoir je venais de prendre la dernière truite…… la
dernière truite……… non ce n’est pas possible je suis encore en état de pêcher……. L’année prochaine
ou même l’année suivante…mais peut être que le changement climatique va détruire les derniers
lambeaux de vie sauvage ou que mes coronaires vont cesser d’irriguer mon myocarde et qu’un
infarctus massif va me mettre à terre et en terre ?
Alors cette dernière truite je la garde un peu à côté de moi dans l’épuisette elle ne souffre pas elle se
demande pourquoi je ne la relâche pas je suis sûr qu’elle a compris elle ne dit rien, mais c’est rare les
truites qui parlent) mais moi je suis tétanisé par l’angoisse, je ne veux pas rompre, cette fois je vais
faire durer le plaisir, mais il n’y a plus de plaisir possible alors je baisse l’épuisette et la belle truite
me quitte comme toutes les femmes de ma vie elle s’en va dans le courant glauque de l’oubli
comme tous mes amis et toute ma famille, et dans cette nuit qui m’envahit je ne vois plus je ne sens
plus rien, je suis seul et seul je meurs les pieds dans l’eau et la tête dans les étoiles . Les sorcières du
Serrablo dansent autour de mon corps, leurs balais me fouettent et je meurs.
Les hallucinations provoquées par la sécrétion brutale d’endo morphine après une belle prise
peuvent être responsables de troubles majeurs du comportement chez les pêcheurs de truites.
Je me réveille enfin pas du tout mort, bien vivant, un peu triste, gueule de bois et bouche pâteuse,
mais les étoiles qui brillent me font comprendre que c’est déjà la nuit, j’ai beaucoup de mal à rentrer
à me déshabiller et mettre au lit sans boire ni manger.
Le lendemain, premier jour de la fermeture, je suis retourné sans canne bien sûr, voir si ma belle
amie, la truite d’Olivan était là, si elle gobait encore, eh bien oui elle était là et je la regardais gober
les éphémères pâles qui volaient au-dessus de l’eau
Et vraiment j’avais très envie de mourir, de ne plus souffrir du manque, de l’attente interminable du
dernier jour de ma vie….
Sans pêcher, que vaut la vie ?
La dernière truite version 2
Je suis encore pressé d’aller pêcher !
Je n’arrive jamais quand je pars à la pêche à me concentrer sur un planning je fais tout en désordre
et généralement c’est quand je suis au bord de l’eau que je me rends compte que j’ai oublié quelque
chose d’important !
La dernière fois j’avais oublié mes cannes ! Cette fois je suis encore pressé et comme d’habitude je
décide d’aller pêcher au plus près de la maison, mais cette hâte cette fois est légitime, c’est l’avant
dernier jour avant la fermeture et je ne suis pas certain de pouvoir pêcher le dernier jour. J’arrive à
me calmer un peu, je bois un peu de café et je prends le temps de tout vérifier avant de démarrer.
Ma voiture veut bien démarrer et je roule sur cette piste que je connais par cœur, je roule sans hâte,
car je suis à la pêche, je ne suis pas encore dans l’eau, mais je vais à la pêche ! Dieu que j’aime la
pêche ! Pourquoi ? Pourquoi pas ? J’ai renoncé depuis 50 ans à essayer de comprendre, je crois
sincèrement que c’est simplement un besoin, certes non vital, mais essentiel. J’ai besoin de cette
sensation étrange de me sentir à l’intérieur du monde des eaux et spécialement des eaux douces.
Car finalement j’ai compris que la pêche, l’acte de pêche du prédateur archaïque, n’est pas le vrai
plaisir, la vraie jouissance c’est d’être au bord de l’eau ou encore mieux dans l’eau. Comme c’est
difficile d’expliquer socialement que l’on préfère la solitude d’une rivière à la fréquentation d’un
stade, d’un café ou d’un cinéma, je dis que j’aime pêcher ! Alors mes amis, ma famille, mes relations
me regardent avec l’air ironique, mais ne me critiquent pas, et surtout ne mettent pas de barrières à
cette passion.
Bon je suis arrivé, les conditions ne sont pas bonnes en cet fin d’octobre, il a plu ce matin les eaux
sont un peu troubles, il y a du vent et des feuilles mortes tourbillonnent à la surface de la rivière.
C’est évident que je serais mieux au cinéma, au stade ou au café ou tout simplement à la maison !
Je n’ai que peu de chances d’attraper une truite, le bon moment est passé. Je suis resté à parler avec
Andréa, Andréa est une femme que je n’aime pas mais qui me plaît, elle se colle contre moi à tout
moment elle est très « calientita », en espagnol c’est une manière délicate de dire qu’elle est à peine
plus que nymphomane, elle ne parle que de sexe, ne vit que pour le sexe et je ne peux pas en dire
plus…
Andréa me plait parce que je parle peu avec elle, elle ne me dit rien quand je pars à la pêche. Mais je
suis quand même obligé de lui parler et évidemment comme nous ne parlons que de sexe, ça
m’excite un peu et sois je reste avec elle et…, soit je vais à pêche un peu frustré. Mais là au bord du
courant où les feuilles s’accumulent, Andréa est loin de mes pensées. Plus jeune, plus fougueux sans
doute ou plus amoureux je souffrais du manque et de la peur de l’abandon, je pensais qu’il fallait
toujours être avec la femme de ma vie à ses côtés et que quand je partais pêcher obligatoirement
elle allait en profiter pour me tromper ! Mais très vite le peu de jalousie que j’avais en moi a disparu.
J’aime tout partager même mes femmes, le fait de posséder une femme ne veut rien dire, personne
ne possède personne, tout n’est qu’illusion en ce domaine. Mais la peur de l’abandon a duré un peu
plus longtemps, je redoutais d’être abandonné(!) probablement une psychanalyse bien conduite
m’aurait révélé que le traumatisme initial, la coupure du cordon ombilical, m’avait marqué à tout
jamais, ou que petit garçon j’avais vu un clochard seul sous un pont et que cette souffrance m’avait
effrayé. Je n’en sais rien, et maintenant je n’ai plus peur d’être abandonné, je suis seul et je ne
souffre plus d’être seul, en fait je profite mieux de la vie seul ! Pas tout à fait seul, puisque je vois
Andréa chaque jour ou presque, mais nous ne vivons pas ensemble et c’est très différent. Andréa est
un poème vivant, un psychodrame exaltant, en plus de sa nymphomanie elle déclame des vers en
espagnol toute la journée, enfin quand elle est avec moi, et elle est complétement déconnectée de
la réalité. Son credo est « Je ne sais pas ce qui va se passer dans une seconde, alors je profite au
maximum ». Elle n’a que quelques années de moins que moi, mais elle n’a jamais eu besoin de
travailler, elle est très riche, elle traverse la vie, sans s’arrêter aux feux rouges.
Mais je ne sais pas pourquoi je vous parle d’Andréa au lieu de vous raconter la suite de ma partie de
pêche ? Peut-être que finalement j’aime Andréa ? Pour que je vous en parle autant ? mais je crois
que j’aime plus encore Valentine ou Dominique !
Mais revenons à notre truite !
Je suis au bord de l’eau je ne m’habille doucement, tranquillement, enfin pas vraiment parce que j’ai
vu un gobage, un gobage, deux gobages, ronds dans l’eau claire, magie du miroir qui se brise !
Je m’avance dans l’eau, sans trop de bruit et sans faire trop de vagues, enfin j’essaye…
Evidemment les gobages ont cessé, comme d’habitude il faut faire le héron immobile pendant cinq
longues minutes pour que les truites reprennent leur activité.
Il y a des mouches partout sur l’eau et dans l’eau, mais impossible comme d’habitude de voir ce
qu’elles prennent ! Finalement je décide un peu au hasard de mettre une mouche que je peux bien
voir, elle me paraît mille fois trop grosse, mais au premier passage elle est prise, par une petite truite
très vaillante et très belle avec plein de point rouge sang, dans ma main humide elle se débat sans
cesse et retourne grandir dans les courants.
Je m’avance doucement et en face de moi dans les enrochements, je suis certain qu’il y a au moins
dix poissons qui n’attendent qu’une mouche bien présentée pour gober. Mais en cette fin d’aprèsmidi il n’y a rien, les gobages du milieu de la rivière continuent, mais je sais que ce ne sont que de
petites truites, et j’ai envie de prendre une « belle ». Alors j’arrête de pêcher, je me pose un peu je
prends le temps de « disfrutar de la vida » ! Et bien sûr il ne se passe rien, bien sûr je suis ici dans ce
courant si beau et si tranquille, mais il n’y a plus de mouches il faut changer de stratégie il faut
chasser les truites en changeant de coin, marcher dans les ronces et les galets pour arriver sous le
pont et là écouter les gobages car à cause des reflets du soleil on ne voit rien. J’ai appris à pêcher en
sèche sans voir ma mouche, sans voir le gobage, en ferrant à l’intuition. Cinquante ans de pêche à la
mouche m’ont forgé le caractère et mes réflexes. Aussi quand j’entends un « ploc » je ferre et tout
de suite je sais que c’est Marie Louise, une de mes belles conquêtes, aussi belles qu’Andréa, aussi
fantasque, aussi orgueilleuse. Elle se débat au début puis doucement se laisse glisser jusqu’à
l’épuisette, mais au dernier moment elle change d’avis et se refuse, elle me tourne le dos, boudeuse,
et capricieuse. Elle sait bien et je le sais aussi, qu’elle ne mourra pas aujourd’hui, mais moi je ne sais
pas si je vais mourir de plaisir ou de désir. Finalement elle ne saute pas, elle accepte enfin la caresse
de mas doigts dans sa bouche pour retirer l’hameçon minuscule aiguille d’acier, sans aucune
blessure, sans autre contact, elle repart je crois, un peu fâchée, Marie Louise aime, comme toutes
les stars, être prise en photo !
Le soleil a disparu derrière les peupliers, il fera beau demain. Je peux rentrer et rêver de renouveau.
La dernière truite Version 3
C’est ce matin que la pluie est arrivée. C’est une pluie d’automne, comme en novembre, mais nous
sommes encore en octobre, une pluie douce comme des larmes de joie, des larmes sans sel
C’était le soir enfin pas tout à fait le soir une image de sérénité et de paix avant la nuit !
C’était en automne bien sûr, les souvenirs nostalgiques sont toujours en automne !
C’était au bord d’une rivière, bien sûr, on ne peut pas imaginer une dernière truite sans une rivière !
C’était aussi un soir de solitude, une après-midi de réflexions comme un miroir réfléchit une image,
« como un espejo » ( le mot espagnol pour miroir est « espejo »,mais se prononce espéro avec la
jota « rrrota » )en quoi le miroir est-il un espoir ?
C’était enfin un soir de fermeture ! Non pas fermeture de la pêche, mais un soir de fermeture de
mon gîte, j’étais certain ou presque de pouvoir pêcher jusqu’à la nuit sans recevoir un appel
désespéré d’un client perdu dans la montagne ou un message m’indiquant une réservation de
dernière minute !
C’était surtout un moment qui…….me plaisait…….. où j’étais bien !
Quand je pêche je suis dans la nature et je vis, je vis comme les êtres vivants qui m’entourent, et
dans l’eau qui coule avec ce bruit si doux.
Le cadre est posé je suis seul au milieu de la rivière, peu importe quelle rivière ou quel endroit, je
suis seul. Je ne pouvais imaginer aimer à ce point la solitude avant d’avoir perdu ma jeunesse.
Je suis donc seul serein et calme en regardant couler l’eau un peu trouble ce soir et regardant le
soleil encore bien haut dans le ciel d’octobre.
La rivière n’est pas très calme, on sent confusément que les insectes les poissons, les oiseaux sont en
phase de frénésie alimentaire, des gobages bien sûr, mais surtout beaucoup d’insectes et comme le
vent est enfin tombé, pas trop de feuilles mortes !
Je suis là pour prendre du poisson, et j’aime bien prendre et relâcher les poissons ! C’est
relativement à la mode maintenant de relâcher les poissons que l’on prend, c’est écologique, moi
personnellement je m’en fiche des autres, j’ai perdu depuis longtemps mon étincelle militante, mais
je n’aime plus tuer les poissons.
Cette année j’ai été obligé de tuer une truite dans le coto, elle saignait beaucoup et cette bécassette
semblait souffrir, alors je l’ai tuée, et le soir je l’ai mangée, pour qu’elle ne soit pas morte pour rien !
Je n’ai éprouvé aucun plaisir ni à la tuer ni à la manger, alors que j’avais éprouvé un grand plaisir à la
prendre, les truites du Rio A…. sont toujours des trophées, elles sont si difficiles à prendre et si
capricieuses, que chaque prise est une joie. Je ne tue plus les poissons parce que maintenant à la fin
de ma vie je suis devenu un « bon pêcheur », et que si j’avais tué toutes les truites prises cet été
mon congélateur serait plein et la rivière un peu moins belle !
Avant c’était l’inverse, je ne prenais rien ou pas grand-chose et bien sûr, je disais partout que je
pratiquais le no kill ! Dans le fond ce n’était pas un mensonge, quand on ne sait pas pêcher et qu’on
ne prend rien on fait du no kill intégral !
Je me souviens de ces années imbéciles et merveilleuses de la jeunesse de la passion ! Je me
souviens de cette merveilleuse après-midi où j’ai pris ma première truite à la mouche, et cette prise
me donna la même sensation que je ressentis au moment de faire l’amour la première fois, j’étais
passé de l’autre côté du miroir ! On y revient finalement à ce fameux miroir !
Mais avant de prendre la deuxième il fallut beaucoup de temps, que de temps perdu, mais peut être
que c’est cela la vie il faut perdre du temps pour arriver à la sérénité, pour ne plus être pressé !
C’était aussi dans une partie de la rivière qui me permettait les plus grandes espérances de prendre
un gros poisson. Pourquoi aime-t-on prendre des gros poissons ? Je ne sais pas peut être un rapport
de forces différent entre la petite truitelle et la grosse Gordita ? Le plaisir de la lutte et du combat ?
Quel combat ? Ce n’est en rien une corrida, ni même une bagarre, c’est simplement un poisson qui a
cru se nourrir et qui cherche à retrouver sa liberté, et le pêcheur qui essaye de ramener à ses pieds
un poisson sans casser son fil ou décrocher l’hameçon ! Moi j’aime toutes les truites, les grosses les
petites les moyennes, j’aime pêcher, prendre leurrer dominer tromper…et en écrivant je me rends
compte que c’est fini, parce que ce n’est plus vrai, je n’aime plus prendre, leurrer, dominer, tromper,
j’aime pêcher sans autre but que de jouir pleinement du plaisir d’être dans la nature seul au milieu
de l’eau qui coule entre mes cuisses et que je pénètre doucement.
C’est à ce moment-là que j’ai vu, perçu le gobage, le tout petit rond tout contre la berge d’en face !
J’étais heureux d’avoir tourné les yeux au bon moment, pour avoir eu la chance de comprendre que
ce poisson était là bien caché sous les branches et que pour l’attraper il me faudrait un peu de
chance en plus de la technique. Je fis ce qu’il fallait pour être en position de lancer et pendant de
longues minutes je restais immobile au milieu de la rivière comme un échassier maladroit sans
bouger du tout, attente délicieuse du prochain gobage ! Et la truite reprit un caenis minuscule qui
venait de finir sa vie et dérivait les ailles à plat, je l’avais bien vu elle était vraiment très difficile à
prendre et c’est sans grand espoir que je lançais lançais et lançais encore sans me décider à poser
ma mouche, certain de faire fuir la truite par le dragage provoqué par le contre-courant.
Finalement je tentais la manœuvre ultime lancer dans les branches et d’un coup de poignet faire
tomber la mouche en espérant un miracle, et ce miracle eut lieu la petite imitation blanche disparut
comme aspirée par un tourbillon brutal. La suite fut des plus classiques. Quand vous prenez une
truite un peu grosse dans un endroit scabreux et encombré, n’hésitez pas tirez aussi fort que
possible juste après le contact pour éloigner la truite de sa cache ou des branchages, elle n’a souvent
pas le temps de comprendre et quand elle tentera de vous cassez le fil vous serez plus à l’aise en
plein courant que près de la berge.
Il fallut toutefois cinq longues minutes pour qu’elle se rende et que je puisse faire une photo.
Elle était vraiment très belle très trapue un peu épaisse, mais harmonieuse. Ces truites de fin de
saison, gavées de toute la nourriture de l’été, prêtes pour le frai sont comme des tableaux de
Rubens « oreillers de chair fraiche » ! J’étais sûr que ce serait que c’était la dernière truite de la
saison, car le vent qui s’était calmé se remit à souffler en remontant la rivière avec la violence de ces
vents thermiques qui n’annoncent rien de bon. Mais je me dis que c’était peut-être la dernière
heure de pêche de la saison et qu’il faisait encore bien clair et que pourquoi rentrer si tôt ?
Personne ne m’attendait, j’étais libre de faire ce qui me plaisait, alors je me remis en poste en plein
milieu du courant fermement décidé à ne pas partir même si le vent redoublait de violence et
m’empêchait complètement de voir le moindre gobage. Et c’est à ce moment-là en plein milieu du
courant sans savoir pourquoi je ressentis comme une sourde angoisse, pas le stress habituel de la fin
du jour quand on est loin de tout en plein milieu d’une nature que nous ne connaissons plus, non
une angoisse insensée, sans support, pure, angoisse ou angor, me disais-je ? Ne serait-ce pas tes
coronaires obstruées qui ont décidé de ne plus apporter l’oxygène à ton myocarde ? Mais je ne
ressentais rien de physique ni chaud ni froid ni douleurs, ni sueurs, seulement cette sensation
d’angoisse. Je tournais la tête et c’est là que je compris ! Derrière moi à une dizaine de mètres à
peine dans 20 centimètres d’eau il y avait une loutre derrière les rochers, ombres protectrices, et
dans sa gueule il y avait ma truite celle que je venais de prendre et que j’avais sans doute relâché
trop vite et qui, sans défense épuisée par la bagarre pour se libérer n’avait pu échapper à la loutre !
Mon angoisse du coup disparut et je décidais de pêcher un autre poste un peu plus haut sur la
rivière, je ne réussis à rien d’autre que de glisser et me tordre la cheville en tombant dans l’eau !
Sur la berge je revis une autre scène merveilleuse un chevreuil tout jeune se rapprocha de moi pour
boire et manger un peu d’herbes humides. Tout à son plaisir de brouter il ne m’avait pas vu et je
pouvais presque le toucher ! J’étais émerveillé, acteur contemplatif de nature vivante, acteur
involontaire d’un drame de prédation, voyeur un peu, je ne savais pas comment cette soirée
magique allait se terminer. Je n’avais plus vraiment envie de pêcher il faisait presque nuit et je
fermais les yeux, les pieds dans l’eau.
Les promeneurs qui le lendemain découvrirent mon cadavre dirent aux inspecteurs qu’ils n’avaient
jamais vu sur le visage d’un être humain une telle image de béatitude.

Quand la pêche à la mouche est nulle, c'est là que votre cerveau se développe. Pourquoi les dures journées passées sur l'eau sont en réalité bénéfiques pour votre cerveau. Il y a un moment — que dis-je, plusieurs moments — que presque tous les pêcheurs à la mouche vivent chaque jour au bord de l'eau. Le lancer complètement raté qui fait fuir la truite, le fil qui casse au moment du ferrage, votre ligne qui s'emmêle comme une perruque géante dans votre moulinet, et surtout quand l'éclosion enfin a lieu et que vous êtes incapable de trouver la mouche adaptée. Le simple fait de devoir marcher sur les berges escarpées et dans une rivière pleine de rochers glissants est aussi une source de frustrations et de stress. Entre la quatrième présentation ratée, le cinquième changement de mouche, un autre ferrage raté, et peut-être un ou deux faux pas inattendus en pataugeant, on se demande : pourquoi est-ce si difficile ? Et ensuite : est ce que vraiment je m’amuse ? L'instinct nous pousse à interpréter la difficulté comme un problème, voire une inadéquation. Nous vivons dans une culture qui vise à minimiser les frictions. Si quelque chose nous paraît inefficace, nous cherchons à l'optimiser ou à le corriger. Et si la situation devient trop frustrante, nous sommes parfois tentés de baisser les bras, d'abandonner et de passer à autre chose. La facilité est devenue synonyme d'intelligence. C’est le principe même de l’I.A. qui vous permet sans effort mental d’obtenir ce qui normalement vous demanderais quelques minutes de réflexions. Or, le cerveau ne se développe pas grâce à la facilité ; il se développe grâce à l'effort. Les recherches sur l'apprentissage moteur confirment ce concept. Dans une revue exhaustive publiée dans Neuron , Krakauer et ses collègues (2017) décrivent comment l'acquisition de compétences motrices complexes, remodèle la communication entre différentes régions du cerveau, notamment le cortex moteur, le cervelet et les ganglions de la base du cerveau. L'apprentissage est bien plus qu'une simple répétition. Il se compose de processus tels que la prédiction, la détection des erreurs et une mise à jour cognitive constante. Chaque lancer mal synchronisé, chaque correction de la trajectoire de la dérive de la mouche et chaque ajustement en fonction du vent ou du courant contribuent à l'amélioration continue. Votre système nerveux construit et recalibre sans cesse des modèles internes. Ce qui peut être perçu comme un échec n'est en réalité que le processus par lequel votre cerveau recueille des données essentielles et crée de nouvelles connexions neuronales. C'est un processus bénéfique. La psychologie de l'éducation confirme également cette idée. Les recherches sur les « difficultés souhaitables » montrent que les conditions d'apprentissage qui demandent un effort favorisent une mémorisation à long terme bien plus efficace et un encodage plus profond (Soderstrom & Bjork, 2015, Psychological Science in the Public Interest ). Lorsque l'activité pratiquée présente un léger défi – lorsqu'elle exige de la concentration et de l'adaptation plutôt qu'un fonctionnement automatique – le cerveau consolide les informations beaucoup plus efficacement. La facilité peut sembler confortable, voire réconfortante – et il y a certainement un temps et un lieu pour la facilité –, mais elle n'entraîne pas les mêmes changements neurobiologiques.

Petit rappel entomologique Le cycle de vie d'une éphémère (ordre des Ephemeroptera) comprend quatre stades distincts, marqués par une caractéristique unique parmi les insectes ailés : l'existence de deux formes adultes successives. 1. L'Œuf Le cycle débute lorsque la femelle pond ses œufs à la surface de l'eau douce ou en s'immergeant. Les œufs coulent et se fixent sur des pierres ou de la végétation aquatique. L'éclosion survient après une période allant de quelques jours à plusieurs semaines selon les espèces et la température de l'eau. 2. La Larve (Nymphe) C'est la phase la plus longue, durant généralement de quelques mois à 3 ans. Habitat : La larve vit exclusivement sous l'eau (dans la vase ou sous les galets). Croissance : Elle subit de nombreuses mues (jusqu'à 20 ou plus) pour grandir. Elle se nourrit activement de matières organiques et d'algues. 3. Le Subimago (Dun) L'éclosion proprement dite se produit lorsque la larve mature remonte à la surface de l'eau. Émergence : Elle s'extrait de son enveloppe larvaire en quelques secondes pour devenir un subimago. Mais quelquefois la larve a beaucoup de mal à s’extraire de son exuvie et reste engluée dans la pellicule Caractéristiques : À ce stade, l'insecte est ailé mais n'est pas encore sexuellement mature. Ses ailes sont souvent opaques et ternes. Il doit se reposer sur la végétation pour sécher ses ailes avant de s'envoler. 4. L'Imago (Spinner) L'éphémère est le seul insecte à muer à nouveau après avoir acquis des ailes fonctionnelles. Mue finale : Après quelques heures ou une journée, le subimago mue une dernière fois pour devenir un imago. Vie adulte : L'imago est brillant, possède des ailes transparentes et est prêt pour la reproduction. Reproduction et mort : À ce stade, l'insecte ne possède plus de système digestif et ne peut plus se nourrir. Sa vie adulte ne dure que quelques heures à quelques jours, consacrés uniquement à l'accouplement et à la ponte avant de mourir. 5. Après la ponte les éphémères meurent et dérivent à la surface,les ailes à plat sur l’eau et sont encore plus des proies faciles pour les truites. (Spent) Quand nous voyons des gobages nous pensons immédiatement mouche sèche. Mais avant le stade imago il y a le stade subimago et juste avant le stade émergent et c’est ce stade de l’éclosion d’éphémères que les truites préfèrent : lorsque l’éphémère émergente se retrouve piégée en tentant d’échapper à l’exuvie de la nymphe. On comprend alors pourquoi les mouches sèches avec des exuvies traînantes sont si efficaces.

Une neuropsychologue guide de pêche à la mouche Lindsay Kocka qui vit dans le Montana a publié recemment un post que je vous recommande de lire et diffuser... Pourquoi les pêcheurs à la mouche écrivent : La pêche à la mouche, le cerveau et la clarté de la pensée Lindsay Kocka 19 janvier 2026 Les pêcheurs à la mouche ont depuis longtemps la réputation d'être des écrivains. Et depuis que la pêche à la mouche est documentée, une abondante littérature a été consacrée à cette pratique. Tous les pêcheurs ne publient pas de livres ou d'essais, mais beaucoup tiennent des carnets où ils consignent leurs observations sur les conditions de pêche, mais aussi des notes et des réflexions personnelles. Ce phénomène ne semble pas fortuit. D'un point de vue neuroscientifique, la pêche à la mouche active de manière fiable des systèmes neuronaux et des conditions physiologiques spécifiques. Ces mêmes systèmes sont ceux qui favorisent la clarté d'esprit, la réflexion profonde et l'expression créative. La pêche à la mouche peut être perçue comme une activité cognitive globale et intégrée. Marcher, patauger, lancer, observer, s'adapter et passer du temps en plein air contribuent tous à façonner la manière dont le cerveau répartit son attention, gère son stress et intègre les informations sensorielles. Lorsque ces systèmes collaborent harmonieusement, la créativité s'épanouit. En tant que pêcheur et écrivain, je suis depuis longtemps fasciné par la clarté mentale et la constance des idées qui émergent lors des journées passées au bord de l'eau. La science offre un éclairage unique pour mieux comprendre ce que de nombreux pêcheurs savent déjà par l'expérience. L'exposition à la nature et la réinitialisation cognitive Il est bien établi que le fait d'être en plein air produit des effets positifs mesurables sur l'attention, la santé mentale et les performances cognitives. La recherche démontre des améliorations significatives des fonctions exécutives, de la mémoire et de la régulation émotionnelle liées au temps passé dans des environnements naturels, comparativement à des environnements intérieurs artificiels. Ces effets ne se limitent pas à une simple sensation subjective de calme, mais reflètent plutôt la façon dont le cerveau gère l'attention et le stress en fonction de l'environnement. Une théorie bien étudiée et étayée, la théorie de la restauration de l'attention, propose que les environnements naturels réduisent la sollicitation des systèmes d'attention dirigée. Plutôt que de contraindre à la concentration, les milieux naturels tendent à la maintenir plus facilement grâce à la variation sensorielle qu'ils offrent : mouvement de l'eau, variations de la lumière et diversité environnementale. Ces conditions permettent aux ressources préfrontales de se régénérer, ce qui améliore la concentration et la clarté mentale lorsqu'une attention soutenue est à nouveau requise. En tant que pêcheurs, nous sommes nombreux à constater que les journées passées au bord de l'eau ne sont pas synonymes d'inactivité intellectuelle, mais d'équilibre cognitif. La concentration est nécessaire, mais elle alterne naturellement entre des périodes de moindre et de plus forte sollicitation. Cette variation favorise une réflexion plus claire. La marche, le mouvement controlatéral et la cognition créative L'acte physique de marcher joue un rôle central dans cette équation. Des recherches menées à Stanford ont démontré que la marche augmente significativement la génération d'idées créatives par rapport à la position assise, même à l'intérieur. Cet effet est amplifié en extérieur. Du point de vue du système nerveux, la marche est un mouvement controlatéral, ou transversal. Lorsque nos bras et nos jambes se meuvent en opposition, les deux hémisphères cérébraux sont sollicités. Cette activation bilatérale, qui favorise la résolution de problèmes complexes depuis la petite enfance jusqu'à l'âge adulte, est associée à une meilleure flexibilité cognitive et à une pensée divergente, plutôt qu'à une fixation étroite sur une tâche. En d'autres termes, la marche elle-même libère des ressources cognitives pour une pensée plus globale. La pêche à la mouche complexifie encore ce schéma de base. Les pêcheurs se déplacent sur des terrains accidentés, ajustent leur foulée, gèrent le courant et maintiennent leur équilibre tout en manipulant leur matériel et leur ligne. Ces exigences sollicitent constamment les systèmes vestibulaire et proprioceptif, qui jouent un rôle direct dans la régulation de l'attention, le raisonnement spatial et la capacité de prédiction. Plutôt que de focaliser le cerveau sur une seule tâche, ce type de mouvement requiert une adaptation continue aux conditions changeantes. Cette charge adaptative favorise la flexibilité cognitive et la reconnaissance des formes, deux éléments essentiels à la pensée créative. Il en résulte un système nerveux à la fois engagé et organisé, un état qui facilite la génération et l'association d'idées plutôt que de se focaliser uniquement sur un résultat. Casting, retour sensoriel et contrôle de l'attention Le lancer à la mouche est une activité motrice précise qui offre un retour sensoriel immédiat et constant. La synchronisation, la transmission de la force, le suivi visuel et le retour tactile doivent être parfaitement coordonnés pour que le lancer soit réussi. Cette combinaison permet une meilleure coordination entre le cerveau et le corps, tout en améliorant la concentration. Il est important de noter que la pêche à la mouche limite également la surcharge cognitive. La tâche est suffisamment complexe pour exiger de la concentration, mais généralement pas au point de devenir stressante (ceci pouvant toutefois être sujet à débat dans certaines situations particulières). Cet équilibre tend à apaiser le réseau du mode par défaut du cerveau, le système lié à la rumination et à la suranalyse. Lorsque ce réseau est apaisé, on observe souvent une pensée plus claire et une meilleure capacité à formuler ses idées par la suite. C'est l'une des raisons pour lesquelles de nombreux pêcheurs se disent mentalement organisés après une sortie de pêche, même s'ils sont physiquement fatigués. Le système nerveux a été sollicité d'une manière qui favorise la régulation plutôt que l'épuisement. Espaces bleus et verts, physiologie du stress et neurochimie Le temps passé près de l'eau et de la végétation soutient le système nerveux et influence directement les performances cognitives. Les environnements extérieurs contribuent à réguler l'attention et l'éveil, favorisant une concentration soutenue et réduisant le flux incessant de pensées. L'équilibre des signaux de dopamine et de sérotonine dans ces contextes stimule la motivation, la patience et la stabilité de l'humeur. Ces conditions facilitent la réflexion, l'articulation des idées et la créativité. La pêche à la mouche plonge régulièrement les pêcheurs dans des environnements qui favorisent naturellement cet état, leur offrant à la fois la richesse sensorielle et la régulation du système nerveux nécessaires à l'émergence de la pensée créative. Écrivains, marcheurs et penseurs Tout au long de l'histoire des grands penseurs et écrivains, le lien indiscutable entre mouvement, nature et pensée est largement documenté. Nietzsche écrivait que les grandes idées naissent en marchant, Thoreau avait pour habitude d'organiser ses journées autour de longues promenades avant de se mettre à écrire, et Virginia Woolf, elle aussi, s'appuyait sur le mouvement quotidien en plein air pour structurer sa pensée. Ces figures ne dissociaient pas l'activité physique du travail intellectuel, mais considéraient plutôt le mouvement, notamment en extérieur, comme une condition essentielle. Nombreux sont les pêcheurs à la mouche qui semblent évoluer dans des conditions similaires, qu'ils en aient conscience ou non. Marcher, observer, s'adapter et rester pleinement présent sont des éléments intrinsèques à leur pratique. L'écriture devient alors un prolongement naturel d'un cerveau qui a déjà effectué un travail d'organisation. La pêche à la mouche comme acte créatif Pour de nombreux pêcheurs, écrire pendant ou après la pêche s'apparente moins à un changement d'activité qu'à la poursuite d'un processus déjà bien amorcé. Les mêmes systèmes qui s'activent lorsque nous scrutons l'eau, explorons les zones de pêche et observons l'évolution des conditions favorisent également une réflexion plus approfondie et une expression plus claire. Quant à ma propre expérience, bien que j'apprécie pleinement partager l'eau avec des amis, dès mes débuts à la pêche à la mouche, j'ai constaté que ma plus grande satisfaction provenait des journées passées seul au bord de l'eau. Ces journées me permettaient de laisser libre cours à mon imagination, et peu à peu, j'ai perçu mes promenades et mes explorations de l'eau comme un acte créatif en soi. La pêche à la mouche est devenue une pratique corporelle qui favorisait la clarté mentale et un besoin croissant de m'installer sur la berge, de sortir un carnet et de noter tout ce qui remontait à la surface. L'approche Wade Well considère la pêche à la mouche comme une pratique physique et mentale qui intègre le mouvement conscient, l'environnement et l'attention d'une manière que peu d'autres activités peuvent égaler. La pêche offre un cadre quasi idéal où le cerveau humain est connu pour produire certaines de ses réflexions les plus pertinentes, et c'est souvent là que naissent nos meilleurs écrits.

Petite réflexion sur les fils pour les bas de ligne Il est hors de question ici de se livrer à une étude exhaustive des fils disponibles pour pêcher à la mouche sèche ou la mouche noyée, et un peu de la pêche à la nymphe . J’ai déjà publié sur ce blog un post sur les bas de lignes. Là je vais vous parler du choix des marques de nylons et de fluorocarbones qui sont les plus utilisés et pour lesquels je peux vous donner mon opinion. Les différences entre nylon et fluorocarbone. Un peu d’histoire Avant la seconde guerre mondiale, les matériaux utilisés pour la fabrication des bas de lignes étaient tous issus de produits naturels (crin de cheval, racines anglaises en soie naturelle). Puis en en 1935 un chimiste américain Wallace Hume Carothers, chimiste chez DuPont, met au point le polyamide 6,6 ,en 1938 ce nylon est présenté au public. Le nylon est le premier polymère synthétique entièrement artificiel, non dérivé de matières naturelles. Ce nouveau fil est utilisé au début pour la fabrication des bas féminins, des cordages, des parachutes et autres équipements militaires pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ses propriétés mécaniques sont très prometteuses pour la pêche, solidité, résistance à l’eau,et élasticité. Aprés la guerre DuPont cherche des débouchés civils pour son invention et naturellement s’impose l’idée de proposer aux pêcheurs du monde entier un fil bien plus résistant que les fils anciens, plus élastique,d’un diamètre régulier,facile à fabriquer et imputrescible. En 1948/1950 est commercialisé le fil Nylon DuPont qui permet de compléter la révolution de la pêche de la truite avec la commercialisation des moulinets à tambour fixes et les cannes en fibre de verre,et des cuillères tournantes type Mepps. Le fil de pêche Trilene a été lancé en 1959 par la société Berkley. Berkley Bedell, fondateur de Berkley Fishing, souhaitait créer un fil de qualité supérieure offrant une meilleure résistance, une sensibilité accrue et une distance de lancer optimale. Le résultat fut le Trilene, un fil monofilament en nylon qui a rapidement conquis les pêcheurs amateurs et professionnels grâce à ses performances. Il était initialement proposé en deux versions : Trilene Standard et Trilene XT (Extra Tough). La pêche à la mouche moderne n’existerait pas sans l’invention du nylon. Pendant les années 1960 les chimistes travaillent pour améliorer la tenue aux nœuds, et la réduction de la « mémoire », et surtout rendent le nylon transparent Les marques de l’époque sont DuPont, Berkley (Trilene),Maxima (Allemagne),Toray (Japon),Stroft (Allemagne) Le nylon devient la référence universelle, y compris en pêche à la mouche pour les bas de ligne, avec la commercialisation des bas de lignes coniques. Chaque décennie voit sortir de nouveaux fils de nylon, avec pour conséquence la multiplication des marques, chacune revendiquant une spécificité particulière. L’industrie chimique japonaise se met sur les rangs et commence bien avant la Chine, à nous envoyer des fils de nylon. En 1980/1990 se développe une nouvelle famille de fils les fluorocarbones. Ces fils ont plusieurs avantages et e particulier leur grande résistance à l’abrasion et leur indice de réfraction qui les rend pratiquement invisibles. Puis dans les années 2000 apparaissent les copolymères qui en sont en fait des nylons améliorés en particulier au niveau de la transparence et la résistance aux nœuds.Nous utilisons actuellement quasi uniquement des nylons coplymères. Et nous pouvons dire que les progrès actuels de la chimie moderne,nous permettent d’envisager pour un temps futur la mise à notre disposition de fils de plus en plus résistants pour un même diamètre et nous l’espérons avec le moins de mémoire possible. Comparaison entre nylons et fluorocarbone L'intelligence artificielle qui ne sait évidemment pas pêcher à la mouche nous dit ceci Technique Recommandation Sèche ❌ Nylon préférable Nymphe ✅ Fluorocarbone Nymphe au fil ✅ Fluorocarbone Nymphe lourde ✅ Fluorocarbone Noyée ⚠️ Mix possible Streamer ⚠️ Fluoro si obstacles En fait cette théorie de l’utilisation du nylon pour la sèche et du fluorocarbone pour toutes les autres techniques me paraît un peu « bizarre ». En effet et c’est mon avis personnel, la pointe du bas de ligne est la partie la plus importante aussi bien pour les poissons qui peuvent refuser une mouche uniquement à la vue de cette pointe de bas de ligne, surtout sur les lisses, que pour la facilité avec laquelle nous pouvons nouer la mouche. Combien de fois n’ai je pas désespérément essayé de prendre une truite avec une petite fourmi sur hameçon de 20 avec une pointe en 10 centièmes, et essuyé des refus à répétition, malgré des changements de mouches! Avant de me rendre compte que c’était la vision du bas de ligne qui provoquait les refus ! Et dans ces cas là le fluorocarbone est bien supérieur au nylon car il est beaucoup moins visible, car il coule un peu et donc disparaît complètement à la vue du poisson. Et pour les anciens maladroits un peu de rigidité dans le fil ne fait pas de mal, pour bien faire les nœuds s’entend !! Pourquoi choisir le fluorocarbone ? Ou le nylon ? Le fluorocarbone n’est pas un simple « nylon transparent » : Il présente plusieurs avantages, et quelques inconvénients. Son indice de réfraction est très proche de de celui de l’eau, et donc il est beaucoup moins visible que le nylon.Il est plus dense que le nylon et donc flotte moins et nous avons vu que c’est un avantage.Il a une meilleure résistance à l’abrasion,Il n’absorbe pas l’eau donc il va moins se déformer. Ensuite nous devons croire sur parole, les fabricants qui nous affirment que le nylon présente une meilleure résistance aux nœuds.Par contre ce qui est sur c’est qu’il est souvent plus souple . Et souvent bien moins cher, encore que… Puis ensuite vient l’épineux problème de la résistance ou plutôt du rapport entre le diamètre et la résistance.Choisir le bon diamètre par rapport à la mouche utilisée, semble une évidence, mais à diamètre égal nous devons chercher la meilleure résistance,et là commence les problèmes, car en fait 99 fois sur 100 en pêchant la truite nous n’avons pas besoin d’un fil qui résiste à 3,4 kilos pour un 14 centièmes ! Et soyons vraiment surs que la plupart des casses sont dues le plus souvent à une erreur de notre part qu’à la résistance du fil. Il est très difficile de choisir parmi les innombrables marques du marché.Et si j’interroge mes amis pêcheurs à la mouche, je me retrouve encore plus dans le doute...Chacun a sa propre marque et c’est normal.Autrefois ,je vous parle de 40 ans en arrière, nous avions trois ou quatre marques, mais maintenant...C’est beaucoup plus difficile.Je n’ai évidemment aucune confiance dans les « champions » ou autres influenceurs qui sont tous sponsorisés et qui donc sont bien obligés de promouvoir ceux qui les font vivre. Ce qui me paraît le plus important en tout cas ce que j’attends d’un fil c’est qu’il ne crée pas de problèmes supplémentaires au moment du changement de mouche et qu’il ne vrille pas trop ni qu’il ne se déforme pas quand je serre le nœud de la mouche. Si je vais pêcher avec un sedge sur hameçon de 10 pour un coup du soir, il est peu probable que j’utilise du 10 centièmes,même si je suis sûr que les truites feront moins de 30 cm.Pourquoi, parce que l’expérience m’a prouvé que les grosses mouches vrillent les fils fins. Nylon ou fluorocarbone même résultat. Et si le fabricant du fil m’assure que le fluoro est plus rigide que le nylon habituel et que donc le vrillage sera moindre je peux me permettre d’utiliser une pointe plus fine, d’autant plus que la résistance annoncée est supérieure ! Mais pour autant je dois soigner mes nœuds car le fluoro glisse plus que le nylon. Et alors pour être complet je dois vous parler des nœuds, car c’est encore plus fondamental que le choix du fil. Faut il choisir entre le nœud Clinch simple ou double ou le nœud Trilene, ou le nœud Pitzen? Personnellement je ne suis pas compétent pour mesurer la résistance de chaque nœud par rapport à chaque fil,mais ce que je peux dire c’est que le nœud le plus simple est toujours le meilleur, aussi je vous encourage vivement à choisir un nœud et vous entraîner en situation de pêche et hors pêche, avec des diamètres de plus en plus petits et des mouches en rapport, Personnellement je ne sais faire qu’un seul nœud le double clinch. Mais je suis une vieille main et j’ai des mains de mon âge !Alors quelle marque faut il choisir ? Il semble que avec toutes les réserves que j’ai émises ci dessus, plusieurs marques sortent du lot. Si l’on en croit les spécialistes du bas de lignes à nœuds il faut choisir le fil allemand Maxima de couleur brune pour la réalisation du corps de bas de ligne, certains le font cuire à 80º pendant trois minutes, pour lui donner plus de souplesse et surtout le rendre sans mémoire. Pour les paresseux j’avoue que j’utilise avec bonheur les bas de lignes coniques du commerce en Maxima ou Aliox. Certains bas de lignes du commerce sont très en vogue par exemple ceux de Nicolas Germain ou de la marque Guy Plas. Mais le bas de ligne n’est pas la pointe et nous devons choisir.Quelques marque là encore sortent du lot il s’agit de la marque Trout Hunter,qui semble être reconnue comme la marque qui produit les nylons de la plus grande régularité dans le diamètre et donc dans la résistance, et et le fluorocarbone de marque Néox Seaguar produite par la firme Yuki au Japon qui présente deux particularités être et de loin le plus résistant et le plus cher….. Le fluorocarbone Seaguar Neox de Yuki offre un rapport diamètre/résistance impressionnant et une douceur exceptionnelle. Il permet de réaliser des nœuds parfaits et ne présente pratiquement aucune mémoire. La construction exclusive à double paroi de Seaguar réduit le diamètre du fil de quelques centièmes de millimètre tout en conservant sa résistance à la traction et à l'abrasion. Le Seaguar Neox est recommandé pour les bas de ligne dans toutes les techniques de pêche, en eau douce comme en mer. Ce fluorocarbone assure une invisibilité totale, vous permettant de tromper même les poissons les plus méfiants. Bon avouons le c’est un excellent fil, mais 34 euros la bobine de 50 mètres.Mais quand on aime on ne compte pas! En conclusion je vais un peu me répéter, pour moi le plus important, c’est avant tout le confort (facilité pour réaliser les nœuds et absence de mémoire) et la fiabilité (ayez confiance dans votre fil) qui doit guider votre choix.

Aujourd’hui j’ai eu envie de me pencher un peu sur les fils de montage utilisés pour la fabrication des mouches artificielles. Ce n’est pas une lubie brusque et brutale, non ,mais j’ai retrouvé une valise (je dis bien une valise!) pleine de matériaux de montage et dans cette valise il y avait je ne sais combien de bobines toutes mélangées et datant de plus de 50 ans. Alors après avoir pris la décision de léguer tout ceci à mes chers fils et à la postérité, je me suis décidé, sans en avoir vraiment besoin de me racheter du fil de montage. Et là patatrapouf ! Impossible de savoir faire la différence entre toutes les marques et les types de fil et je me suis senti comme un homme préhistorique devant une Ferrari. Et cela m’a convaincu de faire ce que je crois j’aime le plus au monde, après quelques autres plaisirs intimes et gastronomiques, écrire un peu sur les fils de montage. C’est quand même beau les vacances ! Un peu d'histoire Dans la longue histoire de la pêche à la mouche le fil à l’origine ne servait réellement qu’à fixer les composants principaux de ce qui allait devenir une mouche et, n’oublions pas que, tout au début les pêcheurs ne montaient leurs mouches, qu’une fois au bord de l’eau en fonction de ce qu’ils voyaient dans la rivière. Le fil ne pouvait pas être autre chose que du fil à coudre de couleur généralement noire et son importance était très minime. Avec les progrès inhérents à toute technique artisanale, le fil devint de plus en plus sophistiqué,car les matériaux évoluaient et la manière de les fixer évoluait aussi. J e me souviens avoir rencontré un pêcheur lozérien qui avait, comme boite à mouche une boite d’allumettes avec trois ou quatre hameçons, une mèche de laine jaune et un peu de fil de coton de couleur noire. Mais dans une espèce de portefeuille, il y a avait une dizaine de plumes, prélevées sur le cou d’un des coqs de sa basse cour. En arrivant au bord de la rivière il fabriquait en deux ou trois minutes trois mouches(!), qu’il nouait au bout de son bas de ligne et fouette cocher, en une petite demi heure il avait rempli son immense panier de quelques truites et retournait vite fait bien fait, à des activités qui pour lui étaient bien plus importantes que la pêche, car comme il me l’enseigna plus tard, il ne pêchait à la mouche que quand il était sûr que les truites seraient en activité. C’était uniquement pour faire plaisir à son petit fils qu’il allait lui prendre quelques poissons pour son dîner... Le premier traité de montage des mouches artificielles date du moyen âge est attribué à Dame Juliana Berners qui a publié en 1496 « The T reatyse of Fysshynge with an Angle » que l’on pourrait traduire par "Traité de Pêche à la ligne". Ce texte faisait partie d’un recueil « Le Livre de Saint Alban » qui traitait de chasse, de fauconnerie et de pêche. Et la charmante Juliana nous décrit une douzaine de mouches chacune valable à un moment donné de la saison Ce livre est considéré comme la naissance de la pêche à la mouche documentée.

Après la fermeture des rivières en France il est possible de prolonger le plaisir de la pêche dans le Haut Aragon. J’avais écrit ce post il y a trois ans après une fin de saison exceptionnelle. Et j’ai décidé de le republier, car c’est une réalité qui disparaît pas c’est quand même le meilleur moment de la saison. Même si les années se suivent et ne se ressemblent pas. Il reste encore quelques places en octobre...Faîtes vous plaisir... C’est assez facile de faire rêver quand on parle de pêche à la mouche. C’est plus difficile depuis quelques années parce que sans que vraiment je n’ai d’explications claires, la pêche à la mouche a changé. Mais nous les « moucheurs » historiques nous ne sommes pas vraiment différents depuis le début, nous n’avons pas changé nous avons simplement vieilli ! Les rivières et les truites qui vivent dedans ont aussi bien vieilli ! Elles ne sont pas des êtres humains, mais une rivière est une femme et nous avons décidés que les truites étaient des femmes aussi. Une femme, des femmes qui vieillissent n’en restent pas moins séduisantes, attirantes et même quelquefois envoûtantes ! Alors ce soir j’ai envie de vous raconter presque une histoire d’amour. Une histoire qui commence en automne, au moment où les feuilles commencent à changer de couleurs. Au moment où les rivières sont les plus belles, où la chaleur de l’été s’adoucit et où, les jours qui raccourcissent, laissent plus d’espace à la nuit et aux rêves. Nous étions au milieu d’un paradis. Il avait plu à la fin du mois d’août et les quatre rivières magiques de l’Aragon étaient à un bon niveau. Les pêcheurs chanceux qui avaient eu la bonne idée de réserver en cette période étaient tous dans une totale euphorie. Mais en fait euphorie est un mot très faible pour décrire l’état dans lequel nous étions . C’était autre chose. Un sentiment difficile à décrire, d’excitation, de fébrilité, et en même temps de jubilation totale liée au fait de pouvoir partager le plaisir et surtout de raconter le soir la journée aux autres pêcheurs. Entre le début septembre et la fin du mois d’octobre, grâce à une météo (trop) clémente, nous avons pu profiter de chaque jour pour essayer de leurrer ces truites aragonaises. Bien sûr nous avons eu la chance de pêcher dans des rivières quasiment seuls, et cette solitude n’a été qu’un des éléments du bonheur que nous avons connu. Bien sûr nous avons pris des truites sauvages, nées dans la rivière, et qui malgré l’absence de pression de pêche, étaient d’une méfiance incroyable et qui plus est d’une sélectivité encore plus incroyable. Une truite sélective n’est pas une truite de pisciculture, c’est même plutôt le contraire, mais une truite sélective qui naturellement, génétiquement, ne va prendre que des microscopiques moucherons et qui va refuser même les plus belles imitations en nymphe ou en sèche, c’est exactement ce qui nous plaisait ! Peut-être que nous aimons cette difficulté et que si nous avons connu le suprême bonheur de voir des gobages, de trouver la bonne mouche, et de prendre à la queue leu leu une dizaine de truites, en une heure, ce n’était pas tous les jours ! La leçon que nous avons reçue et retenue c’est que la nature reste la nature et qu’il est illusoire de croire que naturellement, toutes les truites de la rivière vont manger en même temps, et que par miracle toutes les truites de la rivière vont mesurer 50 centimètres ! Nous avons pris beaucoup de petites truites, un peu moins de truites de taille moyenne et quelques « belles » truites de plus de 40 cm. Nous avons aussi pris du plaisir à découvrir les différentes robes de ces demoiselles. Nous avons frémi d’extase devant le spectacle de l’automne et même si les eaux étaient très (trop) basses, nous avons pu malgré tout déguster cette fin de saison ! Merci à tous ceux qui ont partagé ces moments, je ne peux pas tous vous nommer et j’ai peur d’en oublier ! A l’an que ven ! Gilbert le 23 Novembre 2022




